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Payer plus pour gagner l’enchère Meta ? La créa pèse davantage que votre bid

Vous êtes sur votre canapé, à Paris, à Lyon ou à Marseille, et vous faites défiler Instagram. Un encart publicitaire va s’afficher dans quelques instants. Pour cet encart, plusieurs annonceurs veulent que ce soit leur publicité qui apparaisse. Lequel l’emporte ?

Le réflexe est de penser : celui qui paie le plus. C’est l’image qu’évoque le mot « enchère » : pour gagner, il suffirait d’offrir davantage.

Sur Meta, cette idée ne résiste pas à l’examen. Je vous propose de suivre le trajet d’une publicité, depuis les dizaines de millions de candidates jusqu’à celle qui s’affiche, puis de regarder la formule que Meta utilise pour désigner la gagnante. Vous verrez que l’on peut gagner des enchères sans payer plus, et que le levier principal se trouve dans la créa.

En bref

  • Avant même l’enchère, Meta élimine l’immense majorité des publicités candidates, d’abord selon leur pertinence pour la personne qui fait défiler son fil.
  • L’enchère elle-même porte mal son nom. Meta y classe les publicités selon une valeur qui multiplie ce que vaut la conversion pour vous par la probabilité qu’elle se produise, puis ajoute un indice de qualité.
  • Une publicité prête à payer moins peut donc l’emporter sur une concurrente qui offre davantage, si elle a plus de chances de convertir et une meilleure qualité.
  • Votre prise sur le bid est limitée, et c’est justement le paramètre que l’on cherche à laisser tranquille. Restent deux leviers : la probabilité de conversion et la qualité de la publicité.
  • Les deux se travaillent par la créa, et plus précisément par son concept : le persona visé, l’angle, le format et l’offre. Une créa plus spécifique gagne plus d’enchères, ce qui fait baisser votre CPM et améliore votre ROAS ou votre coût par lead.

Pourquoi l’idée du plus offrant séduit

Elle est intuitive. Une enchère, dans la vie courante, c’est une salle de vente : des acheteurs lèvent la main, le prix monte, et l’objet revient au plus offrant, en tout cas à celui qui est prêt à dépenser le plus.

Elle est aussi cohérente avec ce que l’on sait du modèle économique de Meta. Meta vous facture à l’impression : vous le payez pour qu’il affiche vos publicités sur les téléphones et les ordinateurs de votre audience. Le prix de mille affichages, le CPM (coût pour mille impressions), est la variable qui fait monter son chiffre d’affaires depuis plusieurs années, puisque le nombre de publicités que les utilisateurs acceptent de voir a une limite. On pourrait en conclure que Meta a tout intérêt à faire gagner celui qui paie le plus cher.

Le raisonnement est logique. Il ignore pourtant la façon dont Meta protège ce qui fait sa valeur : le temps que nous passons sur ses applications.

Raison n° 1 : la plupart des publicités sont éliminées avant l’enchère

Pour chaque encart publicitaire, plusieurs dizaines de millions de publicités sont candidates. C’est un ordre de grandeur, que l’on peut arrondir à 100 millions pour fixer les idées ; Meta parle lui-même de « dizaines de millions » de candidates (Meta Engineering, décembre 2024).

Meta doit passer de ces 100 millions à une seule publicité, pour chaque personne qui fait défiler son fil, sur des milliards d’utilisateurs, et en un temps très court : en 100 à 200 millisecondes environ, selon l’ordre de grandeur que je retiens. C’est une course contre la montre. Même les meilleurs serveurs ne peuvent pas analyser finement 100 millions de publicités en si peu de temps.

Pour simplifier, Meta fait donc passer les publicités par trois portes successives.

La première porte réduit l’espace des possibles. Meta l’appelle retrieval, la récupération. Son but est de tailler dans le vif : savoir si une publicité est pertinente pour cette personne, simplement pertinente. Pour cela, Meta calcule une distance, une mesure de correspondance entre la personne et la publicité. Utiliser toutes les informations dont il dispose sur la personne demanderait trop de calcul : il en prend quelques centaines, et quelques centaines d’informations sur la créa. Ce premier calcul permet de classer les candidates et de n’en garder qu’une petite fraction. D’après Meta, cette étape fait passer des dizaines de millions de candidates à quelques milliers, et traite environ mille fois plus de publicités que les étapes suivantes (Meta Engineering, décembre 2024). C’est à cette étape qu’intervient Andromeda, le moteur de récupération que Meta a présenté fin 2024.

La deuxième porte classe les candidates restantes. C’est le ranking, le classement. Sur un nombre de publicités beaucoup plus réduit, Meta peut se permettre d’aller plus loin. Il calcule une seconde distance entre la personne et la publicité, cette fois à partir de milliers d’informations, et procède à une analyse complète de la créa. D’après Meta, ce classement estime à la fois la valeur pour la personne et pour l’annonceur (Meta Engineering, décembre 2024). Il en sort, en simplifiant, une centaine de publicités : les meilleures candidates pour remplir l’encart.

La troisième porte est l’enchère. Elle désigne, parmi cette centaine, la publicité qui gagne et qui s’affiche.

Ce que ce trajet change pour vous : avant que l’enchère ne départage les finalistes, votre publicité a déjà dû franchir deux portes où sa correspondance avec la personne pèse lourd. Une créa qui ne paraît pertinente pour personne en particulier a peu de chances d’arriver jusqu’à l’enchère.

Raison n° 2 : la formule de l’enchère récompense la probabilité de convertir

L’enchère elle-même obéit à une autre logique que la salle de vente. Meta en donne une formule simplifiée, qui fixe bien les choses au niveau conceptuel. La valeur de chaque publicité dans l’enchère dépend de trois variables :

Valeur de l’enchère = valeur de la conversion × probabilité de la conversion + qualité de la publicité

Dans le vocabulaire officiel de Meta, ces trois termes s’appellent le bid (l’enchère de l’annonceur), le taux d’action estimé et la qualité de la publicité ; la publicité qui obtient la valeur totale la plus élevée gagne (Meta, pages d’aide sur les enchères publicitaires ; Jon Loomer).

La valeur de la conversion

C’est l’espérance de gain que représente la conversion pour vous, par exemple 100 €. Elle dépend avant tout de votre business model et de vos economics : vendre des matelas à 5 000 € ou des culottes à 8 € donne des valeurs très différentes. Des pages d’atterrissage qui convertissent très bien jouent aussi. Meta garde le calcul exact pour lui ; on sait que ce sont les principaux critères.

La probabilité de la conversion

C’est la probabilité, en pourcentage, que la conversion se produise si Meta montre cette publicité à cette personne, maintenant. Par exemple 1 % : une chance sur cent que la vente de 100 € ait lieu.

La qualité de la publicité

Meta attribue à chaque publicité un indice de qualité, qui mesure l’expérience qu’elle offre à l’utilisateur. Meta garde son mode de calcul pour lui ; il indique seulement qu’il le calcule.

Un exemple pas à pas

Prenons trois publicités dans la sélection finale, A, B et C. Les chiffres sont hypothétiques ; ils servent à voir le mécanisme.

Valeur de la conversionProbabilitéQualitéValeur de l’enchère
A50 €1 %+ 0,1050 × 1 % + 0,10 = 0,60
B30 €3 %+ 0,1530 × 3 % + 0,15 = 1,05
C100 €0,3 %+ 0,05100 × 0,3 % + 0,05 = 0,35

B gagne l’enchère, A arrive deuxième et C troisième. Pourtant, B était prête à dépenser nettement moins que A et que C. Elle l’emporte parce que Meta estime qu’elle a trois fois plus de chances de convertir que A, et parce que sa qualité est meilleure. C, qui offrait la valeur la plus élevée, finit dernière : sa probabilité de conversion est trop faible.

Autrement dit, la capacité à payer cher l’impression ou le clic compte moins qu’on l’imagine. Meta prend en compte la probabilité que votre publicité, votre adset, votre compte convertisse, et la qualité de ce que vous montrez.

La conséquence est importante, et nous y reviendrons plus bas : vous pouvez gagner des enchères sans augmenter ce que vous êtes prêt à payer, et donc faire baisser votre CPM.

Raison n° 3 : Meta a intérêt à faire gagner la meilleure publicité

Cette formule découle du même raisonnement que la limite sur le nombre de publicités.

Ce qui fait la valeur de Facebook et d’Instagram, c’est que leurs utilisateurs y viennent, y restent et prennent plaisir à y être. Si Meta ne montrait que des publicités de mauvaise qualité, nous aimerions moins ses plateformes, nous y passerions moins de temps, la valeur de son CPM baisserait, et Meta perdrait de l’argent. L’indice de qualité sert à empêcher que des publicités médiocres envahissent les fils.

Regardée ainsi, la formule cherche le meilleur des trois mondes :

  • votre intérêt économique, c’est-à-dire ce que vous êtes prêt à payer pour vendre votre canapé, votre matelas ou votre bijou ;
  • la probabilité que la personne qui fait défiler son fil achète ;
  • l’intérêt de la plateforme, qui veut que l’expérience reste agréable.

Je trouve ce mécanisme très astucieux. Il aligne la publicité qui gagne sur celle qui a le plus de chances de servir à la fois l’annonceur, l’utilisateur et Meta.

Ce que vous contrôlez vraiment : deux leviers sur trois

Si l’on reprend la formule, la question devient : sur quoi pouvez-vous agir ?

Le bid, que l’on laisse de côté

La valeur de la conversion correspond à ce que Meta appelle le bid. Votre prise dessus est limitée. Vous choisissez vos paramètres d’optimisation de l’enchère : demander à Meta d’obtenir le plus de résultats au coût le plus bas, ou de viser la plus grande valeur. Ces réglages ne changent pas la valeur de votre conversion, qui dépend de votre business model.

Restons précis : Meta propose aussi des stratégies qui encadrent le bid, comme l’objectif de coût par résultat ou le plafond d’enchère (bid cap), alors que la stratégie « Volume le plus élevé », celle par défaut, laisse Meta fixer lui-même l’offre (Jon Loomer). Ces stratégies servent à encadrer le coût ; la question posée ici est de gagner davantage d’enchères sans toucher au montant que l’on est prêt à payer.

La probabilité de conversion : la pertinence

On l’augmente avec le même levier qu’à la première porte, quand Meta trie les candidates selon leur pertinence, et qui fait aussi fonctionner le ciblage automatique : la corrélation entre votre cible et votre pub. Cette corrélation tient au concept de la créa : le persona visé, l’angle créatif, le format et l’offre.

Prenons un logiciel de reporting pour les agences. Une publicité qui s’adresse aux media buyers d’une trentaine d’années, dans une agence d’une cinquantaine de personnes, qui peinent chaque lundi matin à préparer la présentation des chiffres à leur client, a une très forte corrélation avec sa cible. Meta récompense ce travail conceptuel en estimant une probabilité de conversion plus élevée.

C’est le prolongement de la spécificité. Une créa trop large, qui présenterait le même logiciel comme « un outil pour la publicité digitale à l’ère de l’IA », toucherait une audience gigantesque, débordant même du marché cible, et convertirait très peu. Une créa précise touche une audience plus petite, mais signe bien davantage de clients : un persona précis, un problème précis, un angle précis. Le but est de couvrir votre marché avec de petites audiences diverses, et de convertir au maximum dans chacune.

Ce qu’il y a de remarquable, c’est que la qualité de votre système créatif joue à toutes les étapes du trajet : dès la première porte, quand Meta taille dans le vif parmi des dizaines de millions de candidates, et jusqu’à la toute dernière, quand il départage la centaine de finalistes.

La qualité de la publicité : l’expérience de l’utilisateur

Meta veut constater que l’expérience utilisateur est bonne, et il a des métriques pour cela. Quand des utilisateurs masquent votre publicité, laissent des retours négatifs ou écrivent des commentaires négatifs, c’est mauvais signe. Meta utilise depuis longtemps ces masquages comme un signal que d’autres personnes ne voudront peut-être pas voir la publicité, et la montre alors à moins de monde (Meta Newsroom, septembre 2014). L’objectif est donc de réduire toutes les interactions négatives avec votre publicité.

Comment ? En augmentant, là encore, la pertinence. Les gens réagissent rarement mal sans raison ; face à un contenu qui ne leur convient pas, en revanche, ils sont sans pitié. Plus vos publicités répondent précisément à leurs besoins, plus les masquages, les retours et les commentaires négatifs diminuent, et plus l’expérience s’améliore. C’est une autre raison de rester spécifique.

Une nuance s’impose : une publicité de qualité, au sens de Meta, peut rester très simple. Les UGC (contenus tournés par des utilisateurs ou à leur manière) et les vidéos filmées à l’iPhone restent tout à fait possibles. Ce qui compte, c’est que la publicité s’intègre bien à la plateforme, pour que l’expérience reste bonne.

Ce que cela change pour votre CPM

La conséquence pratique est importante. Si une publicité plus pertinente et de meilleure qualité gagne des enchères sans que vous augmentiez ce que vous êtes prêt à payer, alors vous pouvez faire baisser le prix de vos impressions, votre CPM. Et un CPM plus bas, pour les mêmes conversions, augmente votre ROAS (chiffre d’affaires divisé par la dépense publicitaire) ou diminue votre CPL (coût par lead).

Le réflexe de départ s’inverse donc. Quand vos enchères deviennent chères, la première question à se poser porte sur vos créas avant de porter sur votre budget.

Je préfère rester prudent sur un point : Meta ne publie ni le calcul exact de la valeur de la conversion, ni celui de l’indice de qualité, ni la façon dont il estime la probabilité de conversion. La formule est une simplification, et les chiffres de l’exemple ne sont qu’une illustration. Elle suffit pourtant à indiquer la direction : ce qui se trouve dans votre créa pèse sur chacune des trois portes.

On résume souvent l’automatisation du ciblage par une formule attribuée à Meta : « Creative is the new targeting », la créa devient le ciblage. L’enchère conduit à la compléter : « Creative is the new targeting and bidding ». La créa est devenue le plus gros levier pour obtenir des enchères peu chères, donc un CPM plus bas et une meilleure rentabilité. Dit autrement : « Creative is the new media buying ».

Trois questions à vous poser

  1. Pour chacune de vos créas actives, pouvez-vous nommer le persona visé, son problème, l’angle choisi, le format et l’offre ?
  2. Lorsque votre CPM monte, votre premier réflexe porte-t-il sur le budget et les réglages d’enchère, ou sur la pertinence de vos créas ?
  3. Suivez-vous les signaux négatifs de vos publicités (masquages, retours négatifs, commentaires négatifs), et savez-vous quelles créas les provoquent ?

Si vous répondez non à l’une d’elles, commencez par là.

Sur Meta, l’enchère se gagne d’abord dans la créa.

questions

Ce qu’on nous demande sur ce sujet.

Comment fonctionne l’enchère publicitaire sur Meta ?

Meta classe les publicités finalistes selon une valeur totale qui combine le bid, la probabilité que la personne réalise l’action et la qualité de la publicité. La publicité qui obtient la valeur la plus élevée s’affiche.

Faut-il augmenter son enchère pour gagner plus d’enchères ?

Une publicité qui paie moins peut gagner si Meta estime qu’elle a plus de chances de convertir et qu’elle offre une meilleure expérience. Travailler la pertinence de la créa permet de gagner des enchères sans augmenter ce que l’on paie.

Comment Meta mesure-t-il la qualité d’une publicité ?

Il garde le calcul pour lui et s’appuie notamment sur les retours des utilisateurs : masquages, retours négatifs, commentaires négatifs. Une publicité pertinente pour son audience en provoque moins.

Qu’est-ce que le retrieval sur Meta ?

C’est la première étape de sélection : parmi des dizaines de millions de publicités candidates, Meta garde les quelques milliers les plus pertinentes pour une personne, avant de les classer.

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